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Fabienne Drouet: « Notre rôle est primordial pour les sinistrés »

Fabienne Drouet, bénévole au sein de Partagence, coordonne le programme de post urgence mis en place en juillet 2016 dans le sud de la Seine et Marne. Elle revient sur l'épisode douloureux des inondations, ses conséquences et l'action menée auprès des sinistrés depuis huit mois.

Les inondations sur la commune de Moret sur Loing, ça vous parle puisque vous y habitez. Comment avez-vous vécu cet événement ?

J’habite en effet dans le centre de la commune bien touchée par la crue.  L’intérieur de ma maison n’a pas été inondé mais l’eau est montée dans ma cave et j’ai eu très peur. Peu impactée par la catastrophe, j’ai souhaité apporter un soutien aux sinistrés en leur offrant quotidiennement un café, en tentant d’obtenir des informations sur les aides qu’ils pouvaient recevoir. Certains avaient jusqu’à 1,80 m d’eau chez eux, je n’avais jamais vu ça, tout était ravagé et j’étais bouleversée…

Et puis, vous avez rencontré l'association Partagence...

Au cours du mois de juillet, une amie m’a transmis l’article du journal local qui présentait l’action de Partagence. Sans hésiter, j’ai contacté l’association car beaucoup de sinistrés étaient en grande difficulté matérielle et aucune structure ne semblait s’en préoccuper. Voilà comment, il y a huit mois, je suis devenue bénévole pour Partagence avant de me voir confier le suivi de son programme d’aide de post urgence, sur place.

Quelle est la situation actuelle des sinistrés ?

Tout le monde pense que tout va bien mais les sinistrés sont usés, épuisés moralement. Certains ont retrouvé leur domicile et essaient de reprendre une vie normale. Alors que les dégâts datent de plus de huit mois, d’autres se battent encore avec les assurances pour faire avancer les travaux et réintégrer leur habitation. Ils sont tous marqués par les événements, bien sûr, mais aussi par tout ce que cela a engendré. En quelques heures, ils ont vu leur vie basculer et cela a été très difficile à supporter. Au-delà des dégâts matériels, les dégâts psychologiques se font ressentir. Les femmes sont très attristées par la perte des photos de famille, des vêtements, des souvenirs, les hommes affectés par leur impuissance à protéger leur foyer. Cette accumulation a généré chez certains des problèmes de santé. Un contrecoup comme une double peine.

Comment s'organise l'action ?

A l’heure actuelle, nous aidons une soixantaine de familles dans plusieurs communes autour de Moret-sur-Loing. Notre action va se poursuivre en fonction des retours des services sociaux d’autres communes qui ont identifié des besoins. Avec Partagence, nous n’apportons pas que du matériel neuf mais aussi du réconfort. Huit jours après les inondations, la mobilisation s’est vite atténuée et les sinistrés ont ressenti un grand vide.

Je suppose que la démarche est bien accueillie...

Qu’une association les aide plusieurs mois après, ça les touche énormément d’autant que certaines familles n’ont vu aucune organisation leur rendre visite depuis la montée des eaux. Le rôle de Partagence est devenu primordial. Ainsi, ils ont enfin le sentiment d’être reconnus comme victime, d’avoir un statut de sinistrés et de tout ce que cela implique. Aussi une reconnaissance qu’ils ne perçoivent pas forcément du côté des pouvoirs publics ou des assureurs. Un point positif, cet épisode a permis de créer un véritable réseau de solidarité et d’entraide. Dans l’adversité, de nouvelles amitiés sont nées.

Dans le cadre d'une opération du journal La République de Seine et Marne, Fabienne Drouet a été élue par les internautes parmi les six "personnalités sud seine et marnaises les plus solidaires pour l'année 2016" pour son implication auprès des sinistrés.

Propos recueillis par Claire DELESTRADE

16/02/2017